Il ne veut pas manger

Ce sujet est peut être le plus sensible dans les foyers. Bah oui, clairement c’est pas facile de gérer un enfant qui mange pas ou peu, tu es surement très angoissé à l’idée que ton enfant manque de quelque chose alors pour toi c’est une énorme source d’angoisse.

A la base la démarche du parent est toujours bienveillante, nous souhaitons que notre enfant mange, c’est pour son bien, pour qu’il puisse bien grandir et bénéficier de tout ce dont il a besoin pour bien se développer.

Pour ce faire, on n’hésite pas à lui apporter tout ce qui est nécessaire pour que son alimentation soit bien équilibrée jusqu’à lui offrir le privilège d’être le seul à manger bio à la maison. Nous prenons très à coeur qu’il mange à heures fixes, dans un ordre très précis et souvent nous préparons son petit repas à part du notre pour qu’il puisse manger à 19h tout seul avant tout le monde.

En prenant du recul, je me suis aperçue que l’on contrôle tout ce que l’enfant met dans sa bouche, la qualité, la quantité, l’ordre dans lequel il le mange, l’heure et la diversité des aliments… Puis je me suis posé la question : Est ce que je prend vraiment en considération les besoins de mes enfants ?

Si un adulte n’avait plus faim ou n’aimait pas un aliment je ne me permettrai jamais de l’obliger à le manger. De même s’il veut plus du plat je lui proposerai quand même un dessert. D’ailleurs souvent l’adulte le mangera. Alors j’ai commencé à repérer toutes les petites injustices qu’il y a envers mes enfants en comparant mon attitude avec un adulte et celle que j’ai avec un enfant. Et je me suis dis mais pourquoi je ne traite pas mes enfants de la même manière qu’un adulte? A t’il pas les même droits?

Alors j’ai essayé de faire la liste des choses qui me conduisent à avoir autant d’exigences envers elles, je te la partage parce que peut être que c’est la même chose pour toi :

  • Je réagis parce que j’ai peur d’être jugé par mon entourage sur la façon dont elles mangent ( amis, parents, grands parents et la société…)
  • Je suis inquiète parce que j’ai peur qu’elles manquent de quelque chose
  • Je reproduis ce que j’ai moi même vécu enfant à la cantine ou à la maison
  • J’écoute les conseils de mon entourage et du corps médical
  • Je me sentirai pas à la hauteur dans mon rôle parental si elles ne mangent pas bien et qu’elles ne le font pas correctement avec les couverts…

En ayant pris conscience de la raison de mes exigences, j’ai pu commencer à prendre du recul sur la situation et me poser la question de ce que je veux vraiment pour mes enfants. J’ai remarqué que les trois quarts de mes exigences étaient pour mon propre confort et besoins. Et là j’ai compris que j’avais pas du tout pris en considération ce que mes enfants avaient vraiment besoin.

Alors j’ai fait le point:
Qu’est ce que j’étais prête à sacrifier? Qu’est ce que je voulais vraiment pour elles de façon inconditionnel? Comment je pouvais répondre à leurs besoins et non pas que les miens et mes angoisses.

C’est un peu ce que je t’invite à faire, cela te permettra de prendre du recul sur la souffrance que tu es en train de vivre. Et oui, je pèse mes mots, c’est une souffrance que de vivre un calvaire à chaque repas, une lutte de pouvoir parce que s’il y a bien un point sur lequel nous ne pouvons pas avoir le contrôle c’est celui-ci.
Mais la lutte de pouvoir fini toujours par un échec. On ne peut pas lutter sans blesser. D’autant plus que l’enfant n’a aucune envie de « pouvoir » il n’a pas cette capacité cérébrale il ne fait qu’affirmer son consentement. Et je crois que chez l’être humain le consentement est précieux. Quand on lutte en tant que parent contre les choix de l’enfant on fait les choses sans son consentement… on ignore le consentement à l’enfant parce qu’on a du pouvoir sur lui. Forcement on a plus de forces physiques, notre cerveau est construit, on a à notre arc milles et une stratégies pour réussir à arriver à notre fin… Mais au final l’enfant ne sera pas respecté.

En parlant des besoins de l’enfant et du consentement c’est super important que je t’accompagne la dedans, parce que c’est pas toujours évident de voir ce qui est bon pour l’enfant quand on est complètement perdu dans ce combat quotidien. Je te donne quelques pistes :

  • L’enfant a besoin de manger avec sa famille, de participer à l’élaboration du repas, de mettre le couvert, bref de se sentir intégré à la famille et d’avoir une place.
  • L’enfant est en hypoglycémie régulièrement c’est pourquoi il réclame de manger entre les repas. Il est soumis à de nombreux paramètres qui font qu’il a besoin d’encas sains entre les repas pour éviter l’hypoglycémie (bâtonnets de crudités, fruits, fruits secs…)
  • L’enfant n’est pas capable de rester assis pendant une longue période parce que le mouvement est un besoin hyper important chez l’enfant.
  • L’enfant a besoin de toucher, de sentir et de découvrir les aliments avec ses sens. Cette phase ne dure qu’un temps, mais elle est vraiment très importante pour l’enfant.

Ce sont les points qui sont les plus problématiques dans les familles. Dans la mienne, j’ai pu mettre en place quelques petites choses qui ont permis à mes enfants de manger plus facilement. Mais avant cela, j’ai vraiment demandé pardon à mes enfants de ne pas avoir écouter leurs besoins et entendu leur choix. Je te donne ces petites choses qui nous ont permis de retrouver un équilibre au moment du repas. On a :

  • Mangé avec nos enfants en conscience et sans distraction. Très vite, ce moment est devenu un moment de partage ou nous prenons plaisir à passer du temps ensemble.
  • Fait participer l’enfant à la préparation des repas. Elles coupent les légumes, mettent les épices, remuent… Elles sont les meilleures testeuses de sauces et cuisson.
  • Diversifié la forme des repas : cru, cuit, sous forme de fast food en faisant des bâtonnets de crudités par exemple avec un houmous maison…
  • Laissé les enfants manger à leur faim :
    Combien d’adultes (moi la première) n’ont aucune notion de satiété ? C’est du au fait que l’on devait finir son assiette même si on avait plus faim parce que c’était la règle. On a vraiment voulu être attentifs et faire confiance nos filles. Nous ne sommes pas dans leur corps, nous ne pouvons pas juger pour elles du moment ou elles ont plus faim ou au contraire encore faim 🙂
  • Offert des choix: En mettant plusieurs légumes ou fruits sur la table, cela permet aux filles de choisir entre eux et de gouter à tous ou pas si elles sont pas prêtes elles peuvent prendre ceux qu’elles aiment le plus.
  • Proposé un aliment connu en même temps que la nouveauté pour ne pas brusqué et obligé l’enfant à rester le ventre vide.
  • Gouté avant les enfants. C’est vraiment super important elles ont pu voir que nous aussi on ne connaissait pas tous les aliments et qu’on goutait. Si on aimait pas on en reprenait pas tout simplement. Donc elles aussi ont le droit de ne pas aimer et donc de ne pas ne manger.
    J’aime beaucoup faire ça à la maison et chacun à notre tour nous disons ce qu’on a aimé ou au contraire pas du tout aimé.

Je finis cet accompagnement en te disant de lâcher prise, les enfants sont des éponges à émotions, ils ressentent tout. Si tu redoute le moment, que tu vis les repas comme un calvaire, que tu attends la crise, ça ne peut que se terminer ainsi. Respire et déculpabilise. Il veut pas manger? C’est ok, j’accepte et ne m’inquiète pas pour lui il va me demander dans quelques minutes à manger. Petit à petit recommences à te connecter avec l’enfant. Peut être, que tu peux avoir une discussion avec lui du genre  » Tu sais, j’ai eu très peur pour toi c’est pour ça que je..( ton problème) et aujourd’hui, j’ai compris que je t’ai pas écouté et que je n’ai pas respecté tes choix alors est ce que tu veux bien me pardonner? Je ne veux plus te faire de peine à présent on va établir les choses ensemble parce que je veux que tu puisses participer toi aussi. Est ce que tu es d’accord que l’on décide ensemble de ce qu’on peut mettre en place pour que le repas se passe bien? C’est fini, je ne se fâcherai plus pour le repas.. Je t’aime  » (et un gros câlin pour sceller cet engagement).

Même tout petits les enfants comprennent tout ! C’est important d’avouer ses tords, l’enfant en fera de même, tu prends en considération que l’on a le droit de se tromper que l’on soit un adulte ou un enfant.
Peut être que le combat sera long mais il n’y a pas plus beau combat que celui qui est fait avec amour et respect de l’enfant.<3

A bientôt dans le prochain accompagnement que tu auras choisi 🙂