Les caprices n’existent pas?

Il nous est transmis de génération en génération que tous les comportements jugés inappropriés des enfants sont des caprices. Que ce soit les tapements de pieds, les cris, les « je ne veux pas », les roulements sur le sol, enfin bref toutes les manifestations corporelles que l’enfant utilise pour exprimer son opposition, sa colère ou sa frustration.

On nous a toujours inculqué que l’enfant a des réactions violentes pour s’opposer à notre autorité dans le seul but de nous défier. Ainsi souvent on te dit de ne pas te laisser marcher sur les pieds et d’affirmer ton autorité sur l’enfant, « il doit rester à sa place ».

Dans cet accompagnement je vais t’amener à changer ta vision du caprice, je vais te donner des pistes pour mieux comprendre l’enfant, pour décoder les besoins cachés derrière ces comportements.

Qu’est-ce qu’il se passe dans le cerveau de l’enfant?

Le cerveau de l’enfant est totalement immature, toutes les parties du cerveau sont en construction notamment la zone pré-frontale qui est très immature. La partie du cerveau qui régit l’enfant est principalement le siège des émotions (pas que mais c’est ce qui nous intéresse).
Ce qui veut dire que quand l’enfant vit une émotion, le cerveau a du mal à gérer l’intensité avec laquelle il doit traiter l’information.

Quand l’enfant vit quelque chose qu’il ne maîtrise pas parfaitement et quand les stimulations sont trop importantes autour de l’enfant, le cortisol qui est l’hormone du stress, va se libérer en grande quantité dans le cerveau. Et c’est cette hormone qui va déclencher une « tempête émotionnelle » qui se traduit par ce qu’on appelle nous les adultes : un caprice.

Je vais te donner un exemple très concret pour que tu puisses bien comprendre et conceptualiser ce que je t’explique.

Imagine que tu es au supermarché avec ton enfant de deux ans en fin de journée, qu’il a vécu sa journée à la crèche et qu’il a vécu énormément de contrariétés parce que son petit copain lui a piqué sa tétine toute la journée et qu’en plus il n’avait pas son doudou parce qu’on l’a oublié à la maison ce matin.
Toutes les choses qu’il a déjà vécu tout au long de la journée ont déversé couche après couche du cortisol dans son cerveau.
Quand il va arriver dans le supermarché, il va te demander d’avoir un paquet de gâteaux que tu n’as pas du tout prévu d’acheter parce qu’il est plein d’additifs et bourré de sucre. Tu sais que ce n’est pas bon pour lui alors tu lui dis : « Non, pose ce paquet de gâteaux et viens ici ».
Et là, il va te faire une crise de fou furieux, il va se mettre à se rouler par terre parce que tu n’as pas voulu lui acheter le paquet de gâteaux, tu vas te taper la honte de ta vie et tu vas repartir en colère contre l’enfant et frustré d’avoir vécu une telle situation. Ça te parle? Je suis sur que oui !

Mais qu’est ce qu’il s’est passé dans la tête de ton enfant?

Est-ce que tu penses vraiment qu’il a eu ce comportement pour s’opposer à toi et te faire craquer pour acheter ce paquet de gâteaux?
Pas du tout, je vais t’expliquer mais ces gâteaux en vrai il s’en fiche complètement.

Dans ce supermarché il y a beaucoup trop de stimulations. Il y a les lumières, le monde, le bruit, la musique, les couleurs, les paquets de gâteaux et autres aliments que l’enfant a vu à la pub la semaine dernière, bref tu vois énormément d’informations. Cet enfant qui a déjà emmagasiné du stress toute la journée va avoir son vase de cortisol déjà très rempli.

Quand il va se diriger vers ce paquet de gâteaux pour lui c’est comme s’il avait enfin trouvé quelque chose qui va apaiser la tempête émotionnelle qui est en train de monter en lui. Parce que c’est quelque chose qu’il connait et son cerveau va se focaliser dessus. Il sait inconsciemment que lorsqu’il va manger de ce gâteau cela va produire en lui une dose d’ocytocine qui est l’hormone du plaisir et ainsi apaiser la tempête qu’il est en train de vivre à l’intérieur de lui.

Quand tu vas lui dire « non » tu vas faire exploser cette tempête et ça va se traduire par ce qu’on appelle un caprice qui est en fait ni plus ni moins que la goutte de cortisol de trop qui fait déborder le vase. Finalement le cerveau ne gère plus rien du tout.

Tu crois probablement que l’enfant défie ton autorité à ce moment-là mais en réalité l’enfant n’a pas la faculté de manipuler l’adulte, son cerveau est trop immature pour élaborer des stratégies pour nuire à l’autre. Son seul but est de revenir à un état de bien être et d’apaisement.

Comment peux-tu aider l’enfant à ne pas déclencher la crise sans lui donner ce paquet de gâteaux parce que tu as le droit de ne pas vouloir l’acheter ?

On vient de voir que pour diminuer son stress l’enfant va se diriger vers quelque chose de rassurant et qui procure du plaisir.
Au lieu de dire non, tu pourrais peut être partir sur une acceptation du besoin de l’enfant en lui expliquant que tu as compris que c’était compliqué pour lui de gérer et que tu vas l’aider.

La première chose à faire c’est d’éviter à l’enfant de vivre des situations de stress trop importantes. Tu peux lui épargner les courses en les faisant sur le drive, les rendez vous médicaux ou à la banque, les restaurants solennels en le confiant à papi ou mamie ou tout autre personne qui prendra soin de l’enfant et en qui tu as confiance.

Si jamais tu n’as pas le choix, le secret c’est de donner un objectif en entrant dans le magasin pour aider le cerveau à se canaliser et ne pas partir dans tous les sens. Par exemple, tu peux laisser l’enfant choisir les pommes et lui demander de t’aider à mettre les aliments dans le caddie ou prendre un petit caddie que pour lui.

Si jamais la crise est déjà déclenchée comme aider l’enfant à la vivre?

Tu sais qu’on ne peut pas toujours éviter les pleurs des enfants et leurs crises explosent forcement un jour ou l’autre. C’est la que tu dois être bien préparé à la recevoir en pleine face et à la gérer au mieux parce qu’il est hors de question d’avoir recours à une violence éducative ordinaire sur l’enfant (l’accompagnement sur les VEO c’est ICI).

Je vais te donner une piste qui devrait te servir tout au long de ta parentalité ou ta carrière si tu es un(e) professionnel(le) de la petite enfance. C’est un positionnement que je prend systématiquement quand je suis confrontée aux colères, oppositions et frustrations de l’enfant. Je te promets que ça fonctionne :

  • 1 : Je m’abaisse à la hauteur de l’enfant
  • 2: J’accueille l’émotion et me positionne en adulte empathique: c’est-à-dire que je me mets à la place de l’enfant et je ne fais pas interférence avec mes propres émotions (je suis capable de gérer mes émotions lui non, je ne l’oublie pas 🙂 Je sais que l’enfant est en souffrance. J’accepte plus facilement d’être empathique quand je sais que l’enfant a mal.
  • 3: Je prend l’enfant dans mes bras et lui dit des mots rassurants : « J’ai compris que ça n’allait pas », « je suis désolé(e) que te te sentes en colère », « tu as le droit d’être fâché(e) », » je sais que c’est difficile pour toi », « tu as le droit de pleurer je suis là pour toi »… Je trouve les mots qui vont rassurer l’enfant. Et je te le répéterais jamais assez mais ce n’est pas une formule magique, il faut s’adapter à l’enfant en face de toi. En faisant un câlin l’ocytocine se libère en moins de 10 secondes ce qui fait vivement diminuer l’hormone du stress.
  • 4: Je laisse l’enfant décharger l’énergie négative qu’il évacue et j’accepte que son corps soit désarticulé. C’est-à-dire que même s’il tape dans tous les sens, je reste présent(e) parce qu’en s’agitant il libère l’énergie du trop plein et l’apaisement va arriver. Ce qui veut dire que je ne comprime pas l’enfant contre moi ou quoi que ce soit pour plus qu’il bouge. L’idée c’est de laisser l’énergie s’évacuer. Quand l’enfant est complètement désarticulé, c’est une tempête émotionnelle. Ce qui veut dire qu’il n’y a plus aucune maîtrise pour l’enfant « son cerveau disjoncte ». S’il veut pas d’un câlin, on laisse évacuer en restant présent(e) et rassurant(e) puis au bout d’un moment il sera prêt pour un câlin.
  • 5: Une fois que l’enfant se calme, je lui propose une solution : c’est comme ça que je l’aide à focaliser son cerveau sur quelque chose et lui permettre de ne plus s’éparpiller et se remplir à nouveau de cortisol.

Par exemple, pour cette situation dans ce supermarché, l’enfant, il s’en fiche du gâteau en lui-même, ce qu’il voulait c’était apaisé son cerveau. Donc, comme je sais que les gâteaux ne sont pas bon pour lui, je peux lui proposer d’en cuisiner avec moi et d’aller chercher les ingrédients pour les faire. Je vais désamorcer la tempête et susciter de l’intérêt pour un moment de partage et cadrer ses pensées.

J’espère que ta vision du caprice a changé, que tu as pu apprendre de nouvelles choses et que je t’ai offert des pistes concrètes pour t’aider à gérer les comportements inapproprié de ton enfant.

Je te propose de ne plus punir les enfants quand ils expriment leur désarroi mais de leurs apporter écoute, réconfort et solution. Parce que c’est ce dont ils ont réellement besoin dans leur souffrance. Car oui c’est douloureux de vivre une tempête émotionnelle.

Je te dis à bientôt dans le prochain accompagnement que tu auras choisi 🙂