Les Violences Educatives Ordinaires

Dans cet accompagnement, je vais te parler des violences faites à l’enfant qui sont banalisées tant elles sont ancrées dans notre société. Que ce soit verbalement ou physiquement, la violence est utilisée comme moyen éducatif pour se faire obéir de l’enfant. Nous cherchons bien souvent à dominer sur l’enfant afin de lui permettre d’être un futur adulte correct, avec des valeurs et des principes. Mais est-ce que cela est la bonne solution pour arriver à ce résultat? Sommes-nous conscient de l’impact de nos coups, nos mots et nos actes sur l’enfant? C’est ce que je te propose de voir aujourd’hui 🙂

Le but de cet accompagnement n’est absolument pas de te culpabiliser, de t’accuser et de te faire du mal mais d’améliorer les conditions de vie des enfants et leur quotidien.

QU’EST CE QU’UNE VIOLENCE EDUCATIVE ORDINAIRE ( VEO) ?

La définition des VEO d’après Olivier Morel qui est le fondateur de l’Observatoire des Violences Éducatives Ordinaires est :

« Les VEO rassemblent les diverses formes de violences utilisées quotidiennement pour éduquer les enfants, dans les familles ou les institutions (crèche, école, assistante maternelle…) plus concrètement, les VEO comprennent les violences physiques, les châtiments corporels (gifler, fesser…) mais elles comprennent aussi toutes les autres formes de violences, bien plus discrètes, dont les dégâts sont pourtant aussi important sur les enfants (amour conditionnel, humiliation…).« 

Tu vois ce n’est pas simplement des actes de violences physiques c’est vraiment tout ce que l’on inflige à l’enfant pour se faire obéir quand il fait une crise ou quand il s’oppose à nos demandes et exigences.

Je vais te lister les diverses violences qui sont comprises dans les VEO mais avant je veux vraiment que tu puisses ouvrir ton esprit car c’est vrai que la première fois que j’ai lu cette liste je me suis dis :  » C’est pas possible, t’es une horrible maman, c’est n’importe quoi! Je vois pas comment mettre au coin l’enfant c’est de la violence ». Seulement au fur-et-à-mesure que je me suis renseignée sur le sujet (car vraiment il m’offensait, il n’y a pas d’autres mots) je me suis rendue compte qu’effectivement chacun des points listés sont des violences. Certaines m’ont demandé un cheminement plus long que d’autres pour les changer dans mon quotidien mais j’ai fini par me rendre compte que chacun des points cités est bien une violence faite à l’enfant.

LES DIFFERENTS TYPES DE VIOLENCES

Il y a plusieurs types de violences divisées en 4 groupes: les violences physiques, les violences psychologiques, les violences culturelles et les douces violences. Ce sont toutes ces choses la qui ont un impact sur le cerveau de l’enfant et nous verrons cet impact plus tard dans l’accompagnement. On commence avec les violences physiques :

LES VIOLENCES PHYSIQUES:

  • Fesser, gifler, donner une tape sur la main, bousculer, pousser, tirer par un membre, les oreilles ou les cheveux
  • Secouer, tenir fermement les joues, mordre, pincer et laisser pleurer
  • Empêcher l’enfant d’aller aux toilettes, de boire ou de manger
  • Pratiquer les soins sans prévenir l’enfant (moucher, nettoyer le visage, mettre un bavoir…)
  • Mettre l’enfant sur le pot avant qu’il ne le demande
  • Conditionner l’enfant à continence
  • Allaitement/repas sans respecter la faim de l’enfant, avec des horaires fixes donc refuser à un enfant de manger ou le forcer alors qu’il n’a pas faim.

Je ne te parle pas évidemment de toutes les maltraitances bien plus violentes encore.
N’oublie pas que tu dois faire appel au 119 et en informer la PMI (dans le cadre pro) si tu es témoin de ces maltraitances. Nous nous devons de protéger les enfants qui sont des êtres fragiles, vulnérables et qui ne peuvent pas se défendre de la force d’un adulte.

LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES:


C’est ici que je vais te demander d’ouvrir ton esprit et de ne pas te sentir offensé. Je ne connais personne qui n’a pas déjà eu recours à une de ces violences, nous ne sommes pas parfaits, nous avons nous même reçu ce genre d’éducation (dans la majeur partie du temps) et nous ne sommes donc pas responsables de ce que l’on ne sait pas! Après, c’est autre chose mais jusqu’à aujourd’hui, tu ne pouvais pas savoir si tu ne t’y étais pas encore intéressé donc pas de panique, l’idée est de changer après cet accompagnement.

Allez on y va, voici la liste :

  • Crier, faire la grosse voix
  • Faire les gros yeux
  • Faire peur ou effrayer
  • Réprimander ou brimer
  • Mettre au coin
  • L’isolement temporaire sur une chaise ou dans l’escalier par exemple
  • L’isolement forcé
  • Créer un tableau d’appréciation du comportement de l’enfant
  • L’indifférence, ignorer un enfant en détresse émotionnelle
  • Pousser l’enfant à pleurer ou provoquer ses pleurs
  • Le laxisme
  • Les privations
  • Punir
  • Menacer
  • Faire du chantage
  • Rabaisser ou humilier, insulter ou se moquer
  • Rire de l’enfant quand il est en difficulté
  • Donner des surnoms à l’enfant qui sont humiliant ou blessant
  • Donner des récompenses
  • Comparer les enfants entre eux
  • Mentir ou cacher des choses à son enfant le concernant
  • Ne pas écouter l’enfant
  • Ne pas arrêter de chahuter ou chatouiller l’enfant quand il le demande
  • Ne pas respecter son intimité
  • Critiquer ses amis ou ses goûts devant lui
  • Lui faire faire des promesses
  • Se placer en autorité toute puissante
  • Confisquer le doudou ou la tétine
  • Mettre des étiquettes positives ou négatives
  • Le forcer à s’habiller, mettre un bonnets ou manteau sans marge de manœuvre (explications, expérimentations)
  • Forcer à rester nu sur une plage alors que l’enfant souhaite un maillot
  • Réveiller brusquement l’enfant avec de la lumière vive, des cris, du bruit ou des chatouilles;
  • Empêcher l’enfant de dormir sous prétexte qu’il faut se lever tôt sans réel nécessité
  • Jeter les jouets de l’enfant sans son autorisation
  • Jeter ou menacer de jeter les jouets pour que l’enfant range sa chambre

Voilà, on est typiquement sur des choses que j’ai moi même pratiqué comme faire les gros yeux, réprimander et même punir! Aujourd’hui j’ai changé totalement ma façon de faire et les enfants sont tellement plus heureux, plus obéissants, plus apaisés… C’est la preuve que ça n’a aucun intérêt pour l’enfant.

On continu avec les violences culturelles.

LES VIOLENCES CULTURELLES:


Ce type de violences c’est le mélange des violences physiques et psychologiques. Elles posent un problème de consentement de l’enfant et de son choix libre et éclairé:

  • Imposer sa vision homme/femme
  • Imposer sa religion, coutume ou son athéisme
  • Imposer ses valeurs de ce qui est bien ou mal
  • Imposer son régime alimentaire

Je voudrais te faire d’une petite précision parce qu’il est très important de transmettre tes valeurs à tes enfants ou ceux que tu accueilles et de toute façon tu ne peux pas faire autrement puisque les enfants baignent dans ton environnement quotidiennement. Ce qui est une violence, c’est de les imposer quand l’enfant a fait le choix d’une autre voie.

Tu as aussi dans ces violences:

  • Percer les oreilles de l’enfant
  • Circoncire sauf en cas de maladie
  • Décalotter
  • Forcer à demander pardon, s’excuser, faire la bise ou se laisser embrasser, faire des câlins ou en recevoir.
  • Prendre et publier des photos de l’enfant

LES DOUCES VIOLENCES:


Pour celles-ci, c’est le fait de les pratiquer de façon répétées qui est une violence parce qu’elles sont nocives pour l’enfant.

  • Donner des surnoms méchants comme petits diable, terreur…
  • Utiliser le second degré alors que l’enfant ne le comprend pas
  • Parler de l’enfant à la troisième personne devant lui
  • Presser l’enfant ou le faire à sa place parce qu’il ne va pas assez vite
  • Le mettre devant un écran pour avoir la paix
  • Utiliser systématiquement la poussette alors que l’enfant veut marcher
  • Parler une autre langue ou épeler les mots pour exclure l’enfant de la conversation
  • Empêcher les bébés de se mouvoir dans des vêtements trop petits, inconfortables ou des chaussures qui les empêchent d’être libres de leurs mouvements

Je ne suis même pas sur de les avoir toutes citées, mais je pense déjà que tu es choqué de tout ce qui est considéré comme une violence faite à l’enfant. Toi aussi tu te sens soudainement coupable ou offensé?

Sache que nous sommes tous concernés par le VEO ou que nous ne sommes pas à l’abris de l’être un jour même si nous avons la ferme attention de pratiquer seulement la communication non-violente avec l’enfant.

Les VEO sont aussi appelées « violences douces » puisqu’elles nous paraissent totalement anodines et quand nous les pratiquons l’objectif n’est pas de faire du mal à l’enfant. Nous les faisons de manière inconsciente puisque souvent nous ne faisons que reproduire les références éducatives que nous avons reçues enfant.

Il y a une phrase qui revient souvent quand on se sent offensé quand on parle des VEO et qui quelque part nous sert d’auto-justification:  » Enfin bon, une bonne fessée ça n’a jamais tué personne! »
Tu vois, cette phrase elle n’est pas fausse, d’un point de vue physiologique l’enfant ne meurt pas. Mais les enfants victimes de maltraitances ont commencé par recevoir des VEO et aujourd’hui ils ne sont plus là pour parler… Ce n’est pas le sujet de cet accompagnement mais ça reste une douloureuse réalité.

Pour les enfants qui vivent quotidiennement avec des VEO, je suis intimement persuadée qu’une partie d’eux meurt. Leur insouciance, leur estime de soi, leur confiance aux autres, leur empathie et parfois même leur capacité de jugement quant au fait de frapper l’autre.


Tu ne trouve pas ça incroyable qu’une des premières règles qu’on apprend à un enfant c’est de ne pas frapper l’autre alors que l’adulte n’a aucun problème à frapper l’enfant? Ce n’est pas très logique… l’enfant a de quoi être complètement perdu. Le message qu’il reçoit c’est : l’adulte a le droit de taper le plus faible et que lui aussi a le droit de frapper le plus faible mais aussi que l’on a le droit de faire mal à la personne que l’on aime et que l’on doit se soumettre au plus fort et obéir sans broncher même si on est en total désaccord et que c’est injuste.

Finalement non, on en meurt pas mais ça ne forge pas non plus, ça blesse, ça fait mal et on modifie notre personnalité en devenant plus méfiant, rancunier, antipathique, colérique en grandissant. Ce ne sont pas des traits de caractère que l’on a choisi d’avoir adulte. C’est le résultat de ce qu’on a vécu enfant et de tout ce qu’on n’a pas exprimé, ce qu’on a accumulé dans notre cœur.
Cela a d’autant plus d’impact quand l’enfant commence à avoir peur des seuls personnes en qui il a une confiance totale et aveugle: ses parents.

C’est pareil que penser que l’on devient quelqu’un de bien parce qu’on a reçu des coups, des punitions ou toutes sortes de VEO. C’est une forme de résilience ou peut-être de déni. Ce n’est pas facile d’accepter que nos parents nous ont fait du mal ou pire que nous faisons du mal à nos enfants ou les enfants accueillis sans le vouloir. Et si nous en tant qu’adulte nous justifions le comportement de nos parents, c’est bien la preuve du profond attachement qu’il y a entre un parent et son enfant et de la capacité que nous avons à avoir confiance en eux et leur jugement puisque nous arrivons même à être persuadé que nous l’avons bien mérité et que finalement on en est pas mort…

Je te laisse méditer sur ce que je viens de t’exposer… Je sais que c’est compliqué à accepter, j’ai ressenti ce même sentiment ambivalent! Je savais que ce que je découvrais été vrai mais je ne pouvais pas encore accepter que je puisse être aussi aveuglée.. Mais ce qui m’a décidé c’est quand j’ai pris profondément conscience de l’impact sur le cerveau de mes enfants. Il était hors de question que je puisse leur faire du mal… Alors je te partage à mon tour ce que j’ai appris en t’expliquant l’impact sur le cerveau de l’enfant et j’espère que cela fera révélation en toi.

L’ IMPACT DES VEO SUR LE CERVEAU DE L’ENFANT

Les études de neurosciences affectives ont permises de révéler que le cerveau est composé de trois zones : la zone archaïque, la zone émotionnelle et la zone pré-frontale qui est le siège des différentes fonctions cognitives tels que la mémoire, l’empathie, le langage, la planification, le raisonnement ou le sens de l’humour.

Au début de la vie de l’enfant, la zone pré-frontale du cerveau est totalement immature. Ce qui veut dire que l’enfant n’a pas les fonctions cognitives que j’ai cité plus haut. Il n’est pas capable de raisonner comme nous pouvons le faire nous les adultes. Et c’est le cerveau émotionnel et archaïque qui « domine » sur l’enfant.

Lorsque nous avons recours à des VEO sur l’enfant pour se faire obéir, cela va déverser du cortisol dans le cerveau qui est l’hormone du stress. Cette hormone est toxique pour le cerveau, elle empêche les connexions cérébrales de s’établir en détruisant une à une les connexions entre les neurones et finir par les détruire. Ces neurones qui devraient de base se retrouver dans la zone pré-frontale du cerveau pour qu’elle se développe. Malheureusement bien souvent les neurones sont détruites ce qui atrophie et empêche le cerveau de bien se développer. C’est à dire, que ça empêche l’enfant d’accéder aux fonctions cognitives que je t’ai expliquées au départ : raisonner, l’empathie, la mémoire, le langage…etc…

C’est ce qu’il se joue dans nos choix éducatifs lorsqu’on a recours à des VEO.

Le cerveau de l’enfant ne se développe pas correctement quand on a recours à ces VEO. Elles abîment tellement l’enfant… Comment un enfant saisi par le stress ou la peur peut se construire convenablement?

Quand l’enfant est saisi par la peur, il ne peut pas apprendre, comprendre et agir comme tu l’attends de lui. Ce qui explique les comportements incohérents des enfants. Son immaturité ne lui permet pas de comprendre les conséquences de ses actes.

Il n’est absolument pas en train de te chercher, de vouloir te faire du tord, de te désobéir, de te manipuler… Toutes ces choses sont des visions adultistes du comportement des enfants. La réalité est toute autre. L’enfant veut toujours bien faire et fait du mieux qu’il peut avec les outils qu’il a à sa disposition.

Trop souvent nous sommes en colère contre nos enfants parce qu’ils n’obéissent pas à notre demande. Ils font parfois exactement ce que l’on ne veut pas… Mais parce que nous passons notre temps à dire ce qu’il ne va pas. Nous n’expliquons pas à l’enfant comment faire différemment. Comment réparer, comment nettoyer, comment demander, comment utiliser… Nous mettons l’accent sur les défauts et ne prenons pas le temps de montrer, d’accompagner, de répéter, de se mettre à la place de l’enfant…

C’est comme si toi demain tu devenais handicapé du jour au lendemain. Toutes les personnes autour de toi adapteraient leur comportement pour que tu puisses être le plus confortable, le plus compris, le plus entendu possible. Pourquoi ne prenons-nous pas en compte l’handicap qu’est l’immaturité du cerveau de l’enfant et n’adaptons nous pas notre comportement pour aider, comprendre et accompagner l’enfant avec empathie?

Plus l’enfant grandit dans un environnement bienveillant et riche d’empathie, plus son cerveau va développer la zone pré-frontale. Et plus l’enfant va vivre les différentes situations avec du soutient, de l’accompagnement et de la compréhension, plus il se sentira important, écouté, respecté et cela va lui permettre de mieux gérer ses émotions. Il a besoin de l’adulte comme un guide, un exemple pour se construire en profondeur avec toutes les valeurs que tu souhaites lui offrir.

Toutes les VEO que l’on fait subir à l’enfant ont une influence sur sa construction et s’impriment dans son cerveau comme un modèle, quelque chose de normal. C’est pour cela que souvent nous reproduisons à l’identique le schéma éducatif que nous avons reçu malgré notre volonté à le changer.

J’ai bien conscience que se diriger vers une communication non-violente, d’être toujours dans la bienveillance, le positif, etc. ce n’est pas facile du tout. Surtout que tu es (comme tout le monde) à un moment donné ou un autre vulnérable, tu es épuisé, tu travailles beaucoup, tu peux aussi avoir des difficultés émotionnelles, psychologiques et rester bienveillant quand tu ne vas pas bien toi-même c’est hyper difficile.
C’est un combat, tu dois lutter contre ta propre éducation, tes souhaits éducatifs et ta fatigue émotionnelle.

Nous sommes tous manipulés par nos émotions et finalement, il faut apprendre à contrôler ses propres émotions et avoir conscience que l’enfant est en construction constante, qu’il ne te défit pas, qu’il ne te veut pas du mal. Il a une totale confiance en toi et il cherche simplement à passer plus de temps avec toi pour que tu puisses lui apprendre la vie et ses secrets.

Je pense que tu as bien compris le sens de cet accompagnement mais par contre, j’imagine que tu te demandes comment alors éduquer l’enfant si tu ne peux pas avoir recours à ces VEO.

Je suis sure que tu as l’impression que je te propose un système éducatif laxiste et permissif mais, rappelle-toi que le laxisme fait parti des VEO, alors je te propose de poursuivre les accompagnements, plusieurs t’accompagneront vers le chemin de l’éducation respectueuse et bienveillante 🙂

J’espère que cet accompagnement t’a plu, qu’il t’a appris de nouvelles choses.

Et je te retrouve dans le prochain que tu auras choisi 🙂